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La grande interview du mois : Dans chaque numéro, un dirigeant, un chef d’entreprise ou une personnalité répond aux questions du magazine.

 M. BRUNO LECLERC

 DIRECTEUR DE L’AGENCE FRANÇAISE DE DÉVELOPPEMENT EN COTE D’IVOIRE

Interview réalisé par LIPORT MAX

Si l’on vous demander de présenter succinctement l’Agence Française de Développement, que diriez-vous ?

L’Agence Française de Développement (AFD) est une institution financière publique française qui met en œuvre la politique d’aide au développement définie par le gouvernement français. Ses principaux objectifs sont de combattre la pauvreté et de favoriser le développement durable. Présente sur quatre continents à travers un réseau de 75 agences et représentations, l’AFD finance et accompagne des projets qui améliorent les conditions de vie des populations, soutiennent la croissance économique et protègent la planète. En 2015, l’AFD a consacré 8,3 milliards d’euros au financement de projets dans les pays en développement et en faveur de l’Outre-mer français.

 Quel est le bilan de la coopération Côte d’Ivoire-Agence Française de développement ?

C’est un bilan très positif. Présente en Côte d’Ivoire depuis 1949, l’AFD a toujours connu une forte activité, faisant de la France un des principaux bailleurs de fonds de la Côte d’Ivoire. Les interventions de l’AFD ont pris une nouvelle dimension à partir de 2012 avec la mise en œuvre du Contrat de Désendettement et Développement (C2D) décidée par la Côte d’Ivoire et la France. Deux C2D ont été signés, le premier en décembre 2012 pour un montant de 413 milliards FCFA, le deuxième en décembre 2014 pour un montant de 738 milliards FCFA.

L’AFD est chargée pour le compte de l’Etat français de l’instruction, de l’évaluation et du suivi des projets financés sur C2D. Les C2D couvrent six secteurs : éducation, formation et emploi ; santé ; agriculture, environnement et développement rural ; développement urbain, eau et assainissement ;  infrastructures routières ; justice.

Par ailleurs, l’AFD déploie en Côte d’Ivoire d’autres instruments financiers : prêts ou participations aux entreprises du secteur privé par Proparco, la filiale de l’AFD dédiée au financement du secteur privé (portefeuille en cours de plus de 130 milliards FCFA), garanties ARIZ accordées aux banques éligibles pour leurs prêts aux petites et moyennes entreprises (montants garantis depuis 2008 de plus de 100 milliards FCFA), lignes de crédit environnementales aux banques ou encore subventions aux ONG internationales et notamment françaises.

Quelle est la vision et la politique de l’AFD sur l’agriculture en Côte d’Ivoire ?

La stratégie d’intervention de l’AFD dans le secteur agricole est basée sur le soutien à une agriculture durable, créatrice de richesses partagées équitablement tout au long des chaines de valeurs, tout en étant respectueuse de l’environnement et notamment des forêts. Le maintien des écosystèmes est indispensable pour la lutte contre le dérèglement climatique, dont les effets sont globaux, mais se font sentir à l’échelle locale.

C’est pourquoi le projet du 1er C2D en faveur de l’agriculture a porté en priorité sur la relance des principales filières agricoles de rente et vivrières du pays, ainsi que sur les questions foncières. L’objectif est de redynamiser les territoires ruraux et les chaines de valeurs, pourvoyeuses d’emplois pour la population ivoirienne qui reste encore rurale. Ce Programme C2D d’Appui de la Relance des Filières Agricoles en Côte d’Ivoire, appelé PARFACI,est aligné sur le Programme National d’Investissement Agricoles (PNIA), lui-même découlant du Plan National de Développement (PND). Il s’est accompagné du programme C2D de Conservation des Ressources  Naturelles en Côte d’Ivoire (appelé CORENA), d’un montant de 10,8 milliards FCFA, principalement axé sur la conservation des parcs naturels et réserves.

Quelles sont les grandes lignes d’actions de l’AFD pour l’agriculture en Côte d’Ivoire  dans  les temps à venir ?

Aujourd’hui, le secteur agricole est de nouveau très dynamique, en témoignent les bons résultats de la mise en œuvre du PNIA 2012-2015. La production a significativement augmenté et la Côte d’Ivoire, qui reste le premier producteur mondial de cacao, est ainsi devenue le premier producteur mondial de noix de cajou. Cependant, la question d’une production agricole respectueuse de l’environnement et de qualité se pose toujours. L’action de l’AFD s’inscrit donc dans cette démarche d’innovation et de qualité des systèmes de production, et a donc défini avec les ministères concernés un nouveau programme sur financement du 2èmeC2D appelé Filières Agricoles Durables en Côte d’Ivoire (FADCI),qui propose entre autres la mise en place d’une filière « cacao ami de la forêt » ou encore l’appui à la sécurité sanitaire via notamment le soutien à la mise en place de la nouvelle Agence Nationale de Contrôle de la Sécurité Sanitaire des Aliments.

 

En parallèle, le développement des territoires ruraux reste également au cœur des enjeux de développement ivoirien et la préparation  dans le cadre du 2ème C2D d’un projet d’appui au développement économique des territoires ruraux est prévu en 2017, pour un montant de l’ordre de 30 milliards FCFA.

Quels sont les grands projets de l’Agence Française de Développement pour le secteur agricole de la Côte d’ivoire ?

Le mieux est de donner quelques indications plus précises sur les projets évoqués plus haut, à savoir les projets PARFACI (40 milliards FCFA, projet qui va bientôt arriver à son terme) et FADCI (50,5 milliards FCFA, qui en est à la phase de démarrage effectif).

 

  1. Programme d’Appui de la Relance des Filières Agricoles en Côte d’Ivoire, PARFACI, 1er C2D

 

Démarré en 2013, le programme, cofinancé avec la Banque mondiale, vise à appuyer la relance de plusieurs filières agricoles stratégiques de la Côte d’Ivoire par une meilleure structuration afin de leur donner les moyens i) de mieux identifier leurs besoins, ii) de mobiliser leurs ressources internes, iii) de dialoguer avec l’État. Ce programme comporte deux composantes :

  • Projet C2D-PSAC (17,9milliards FCFA) : cette composante vise d’une part à réhabiliter et entretenir des pistes agricoles avec cinq filières d’exportation (cacao, hévéa, palmier à huile, coton et anacarde), d’autre part de relancer la production du coton via l’amélioration du conseil aux producteurs, l’accès à de l’équipement et la structuration de la filière,
  • Projet C2D-PARFACI (17 milliards FCFA) :cette composante a deux objectifs : i) appuyer la mise en œuvre de la loi sur le foncier rural avec la délivrance de certificats fonciers et l’enregistrement des baux, ii) appuyer les filières vivrières, et iii) avec en complément un appui institutionnel pour renforcer les capacités de pilotage et stratégiques du ministère de l’agriculture et du ministère des ressources animales et halieutiques.

 

  1. Programme d’appui aux filières agricoles durables en Côte d’Ivoire (FADCI), 2ème C2D

 

Sur le point de démarrer suite à la signature de la convention d’affectation le 28 avril 2016, le programme FADCI a pour objectif d’accompagner des changements de pratiques agricoles et de gestion des ressources avec des impacts positifs sur la population ivoirienne en termes de conditions de vie, de cohésion sociale et de santé humaine. Ce programme comporte plusieurs composantes :

  • Renforcer la durabilité économique des filières (21,5 milliards FCFA) :réhabilitation de périmètres irrigués dans le nord du pays, appui au conseil en gestion pour les producteurs,
  • Innover pour des filières écologiquement et socialement résilientes (13,5 milliards FCFA) :mise en place d’un « Fonds d’appui à la diffusion de l’innovation » et de deux projets pilotes pour la préservation des forêts avec i) un projet test pour la mise en place d’une filière « Cacao ami des forêts », ii) un projet REDD+ dans le Sud-Est du pays. Enfin, le projet permettra de poursuivre l’appui à la réhabilitation et à la bonne gestion des parcs nationaux et réserves du pays,
  • Réguler pour des filières de qualité (13 milliards FCFA), avec notamment un appui à la construction d’un système national de sécurité sanitaire et de contrôle des aliments. Cette composante vise également à renforcer les capacités de pilotage des ministères concernés.

 

  1. Projet d’appui au développement territorial en milieu rural (PADETER), 2ème C2D

 

En cours d’instruction, le projet d’appui au développement économique des territoires ruraux, d’un montant de 30 milliards FCFA, vise à développer, au sein de trois espaces administratifs pilotes,une démarche de développement intégré et multisectoriel afin d’accroître l’offre de services publics aux populations, de valoriser l’économie rurale et d’améliorer la gestion des ressources naturelles sur le territoire. Les finalités du PADETER sont d’améliorer durablement les conditions de vie des populations et de limiter l’exode rural.

 

Quels sont les différents fonds de l’Agence Française de Développement qui existent pour le secteur agricole ?

En Côte d’Ivoire, le principal outil de financement de l’AFD est la gestion du C2D pour le compte de l’Etat français. Il existe néanmoins d’autres instruments financiers tels que les subventions aux ONGsinternationalesdans le domaine agricole et rural, qui mettent en œuvre des projets de terrain en partenariat avec la société civile ivoirienne. Actuellement, quatre projets sont en cours en Côte d’Ivoire. Le Programme de Renforcement de Capacités Commerciales est également une autre source de financement, avec une intervention qui démarre en Afrique de l’Ouest sur la promotion d’Indications Géographiques Protégées(promotion de produits agricoles « labellisés ».Enfin, l’AFD est en phase d’identification de projets qui pourraient être financés avec des prêts non souverains (sans passer par l’Etat ivoirien) en faveur des entreprises du monde agricole et agro-industriel, via les banques ou institutions financières notamment.

Comment un acteur du secteur agricole pourrait avoir un financement de l’AFD ?

Des fonds importants du C2D sont mis à la disposition du FIRCA (Fonds Interprofessionnel pour la Recherche et le Conseil agricoles) pour financer différentes actions en faveur de l’agriculture et des filières, et certains acteurs du secteur peuvent en bénéficier. Une autre possibilité est de répondre aux consultations et appels d’offres qui sont lancées par les maîtrises d’ouvrage sur financement C2D ou AFD.

 Le plus gros problème des entreprises agricoles en Côte d’ivoire est l’accès aux crédits bancaires. Quelles sont les solutions que l’AFD peut apporter pour faire face à ces contraintes ?

Pour faciliter l’accès des Petites et Moyennes Entreprises aux crédits bancaires, l’AFD met à la disposition des banques éligibles (SGBCI, BICICI, SIB, Alios et Ecobank) un mécanisme de partage de risques appelé ARIZ. Ce mécanisme facilite l’accès au crédit, mais il revient bien sûr à la banque de décider si elle octroie le prêt ou non.

Le secteur agroalimentaire est l’un des principaux secteurs d’intervention pour les garanties ARIZ en Côte d’Ivoire.

Un autre exemple d’appui à l’accès au crédit pour les entreprises agricoles est la mise en place, dans le cadre du programme PARFACI, d’un fonds de garantie à la filière porcine de 200 millions FCFA pour pallier le manque de sûretésdes acteurs de la filière vis-à-vis des banques commerciales pour l’obtention de prêts d’investissement ou de crédits de fonds de roulement.

Pour des projets importants, les promoteurs peuvent prendre contact avec Proparco.

Quel est le montant en chiffre du financement de l’Agence Française de Développement alloué à la Côte d’Ivoire dans le secteur agricole 2015-2016 ?

Le programme FADCI a été approuvé par le Conseil d’administration de l’AFD le 29 octobre 2015 et la convention de financement a été signée le 28 avril 2016, pour un montant de 50,5 milliards FCFA. Ce programme est en phase de démarrage.

 Un message à l’endroit des acteurs agricoles en Côte d’Ivoire et à la population ivoirienne 

L’agriculture est un des principaux moteurs de l’économie ivoirienne et le restera dans l’avenir. D’importantes potentialités existent encore. Une augmentation de la productivité agricole est possible, mais surtout nécessaire pour éviter d’augmenter la pression sur les ressources naturelles et notamment forestières. Un accent doit bien sûr être mis sur la transformation des produits.

Enfin il faut sans doute anticiper les conséquences des changements climatiques sur les écosystèmes agricoles et forestiers, en adoptant des techniques culturales comme l’agroforesterie ou l’agro-écologie qui permettent d’augmenter les revenus sur un même espace. Les producteurs peuvent parfaitement adapter leurs pratiques et le font déjà, comme l’utilisation de fientes de poulet pour la fertilisation des champs de cacao.

C’est donc un message d’optimisme et d’espoir en une agriculture ivoirienne toujours plus forte, pourvoyeuse d’emplois, créatrice de revenus et respectueuse de l’environnement.

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